L'endroit le plus canadien du monde

Je suis au volant encore une fois, de retour dans le nord de l’Ontario. Je suis en train de retracer chemin jusqu'à Chapleau pour assister à une cérémonie pour honorer les enfants morts dans l'école résidentielle de la ville.

C'est une partie de l'Ontario que je connais bien. Je suis venu au nord de l’Ontario pour la première fois en mai 1989. Mon travail d’été consistait à planter des arbres dans une forêt proche de la ville voisine, Timmins. A ce moment là, j’avais déjà vécu en Espagne en échange, et j’avais passé une première année d’université aux États-Unis.

C’était un rythme de vie difficile. J'avais souvent de la glace sur ma tente le matin.  Pour soulager ma soif durant mes 12 heures de travail dans les vastes bandes de terrain déforesté, je buvais de l’eau purifiée avec de l'eau de Javel pour ne pas attraper la fièvre du castor.

Nous passions nos soirées autour du feu de camp où j'essayais sans succès de charmer la belle Janine de Montréal. Elle prêtait plus d'attention à Serge et sa guitare qui connaissait toutes les paroles de Beau Dommage. Quand je voulais me distraire, je lançais toujours des débats politiques - parfois avec le contremaître de Toronto qui songeait à une carrière en affaires, d'autres fois avec les ouvriers sud-africains qui finançaient leurs voyages internationaux avec les profits de leur main d'oeuvre du grand nord canadien.

Jamais dans ma vie je ne me suis senti plus canadien que cet été passé parmi les pins blancs du nord ontarien.

Ce n'était que beaucoup plus tard que j'ai appris le rôle central que cette région a joué dans notre histoire, ce terrain de rencontre entre Cree et Anishnaabe, entre le français et l'anglais. Une terre qui n'a pas connu la colonisation avant le 20e siècle et dont la transition était aussi brutale que rapide.


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